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© 2017 by Audrey Thizy

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La scène 10 est sublime : une association délicate d’une voix raisonnable, faisant preuve d’une certaine intention de l’objectivité – du langage retenu, savant, voir banal,  et du magique qui apparaît en flagrance derrière. Du réalisme magique bien réussi, le lecteur est étonné, mais il y croit de suite. Ce qui est réussi dans ce texte, c’est une création du monde obéissant aux lois particulières, le lecteur l’accepte et y croit sans retenu. C’est le procédural du magique. Il faudra néanmoins peut-être réfléchir au passage entre le paragraphe «Mon rêve le plus fou, celui qui est resté ancré, au plus profond de mon être» et l'histoire qui suit «Il y a bien longtemps, maintenant», puisque dés que le narrateur avoue qu'il s'agissait d'un rêve fou, on y croit tout de suite moins. Ça vaut peut-être le coup de garder cette ambivalence entre le réel et le magique dés le début jusqu'à la fin sans préciser qu'il s'agissait d'un rêve, mais permettant l'ambiguïté. Ce passage entre le réel est magique est peut-être à réfléchir dans tout le projet, de répondre à la question de comment permet-on au magique d’intervenir et s’installer sans que ce soit ni artificiel ni trop sécurisé par des explications «j’ai rêvé»

Le narrateur a une capacité unique de mélanger le drôle et le douloureux avec telle précision qu’il n’y en a jamais rien de trop. Les descriptions sont détaillées mais il n’y a pas de détails superflus. Ce qui est important se devine sans être dit. Il s’agit d’une générosité du narrateur qui laisse de la place au lecteur pour que ce dernier puisse découvrir par lui-même de quoi il s’agit, c’est de l’humilité de celui qui veut raconter l’histoire de la manière la plus précise possible sans rajouter de jugements. C’est une histoire qui nait dans la lecture, dans une interaction d’égal à égal entre le lecteur/trice et le narrateur. 

Le drôle masqué dans des intonations sérieuses «D’ailleurs dans leurs rangs, on m’avait surnommé le « Kamikaze », ce que je prenais, comme étant une véritable reconnaissance, qui venait, logiquement, récompenser de longs mois d’efforts» ne va jamais sans le sensible et l’humain. Le narrateur propose avant tout de rire de lui-même, il est réservé et découvert en même temps. Il ne s’impose pas, il laisse deviner, il n’a pas besoin de dire: j’ai mal, j’ai honte, j’ai peur, le lecteur le sent. Le lecteur est impliqué, il est dans l’histoire dés le début, tout de suite touché, emporté par la voix de narrateur. 

 

Une trouvaille est cette juxtaposition de l’enfermement et de liberté d’imagination. L’incarcération dans le cave se résolve dans un vol avec un aigle. La scène 10 peut arriver parfaitement à la fin de l’histoire :un vol si attendu par le lecteur, mais une chute brutale aussi. Le comique et le tragique se mêlent à nouveau et paradoxalement c’est à cause de ce côté comique que nous sommes d’avantage en compassion avec le personnage, qui ne se plaigne pas, c’est à lecteur, à nouveau, de sentir sa douleur. 

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Le narrateur peut lâcher la prise pour une fois et parler de ses sentiments d’une manière simple: de la honte, des remords, des douleurs, de la peur, du ressentiment, de la colère. C’est peut-être dans cette substance vive des émotions et dans la tangibilité de la réalité de la cave, que l’inévitable du rêve va s’imposer. Comment le réel et l’imaginaire interagissent et influencent-ils l’un à l’autre: plus réel est dur, plus l’imaginaire est fou ? Comment l’imaginaire change le narrateur dans le réel, est-ce qu’il y a un moment de  désillusion? 

Le changement des voix (le narrateur qui est parfois remplacé par le père, par la marâtre ou le médecin de famille) pour le moment semble un peu artificiel. C’est la même voix, la même intonation, la même vision du monde, mais attribuée aux personnes différentes. Même si ça ne se passe  que dans la tête de personnage, c’est un peu déroutant pour le lecteur cette apparition épisodique d’autres voix non identifiées (les voix sont distinguées comme celles de la marâtre ou du père, mais le lecteur ne les connaît pas, ne les identifie pas). 

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